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La Parenthèse Christian

Entretien avec un titi

Je suis né en 1990. L’époque des Ventura, Gabin, Lautner, Meurisse, Verneuil, Melville était passée. La grande bande à Audiard n’était plus. Fini les mots mâchés, l’argot ouvrier à Saint-Germain, les coups de gueule enivrés dans les cafés de Montparnasse. Fini les casquettes, les trois-quart beiges, les gitanes au bec jour et nuit. Fini les titis. 

Les dialogues du Pacha, la folie des Tontons flingueurs, les facéties des Barbouzes. Souvenirs d’une époque révolue. Témoignages d’un Paris enchanteur. Vestiges d’un art de vivre, de cuisiner, de parler, de dire, de chanter, de râler, de charmer, de cracher, de casser des gueules. A la parisienne, à la française.  

Tout semblait donc perdu depuis longtemps. Je m’étais résigné à me contenter d’a-partés titis un dimanche soir par an, devant TF1, devant la 263 ème rediffusion des Tontons flingueurs, sur mon canapé, en famille ou entre amis. Les lendemains ressemblaient toujours aux mêmes réinterprétations plus ou moins réussies et chacun y allait de son mot. « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». – Oh exceptionnel. Quel génie ce Audiard. Puis venait le moment de gloire du type qui avait appris par cœur la réplique de Bernard Blier : « Non mais t’as déjà vu ça ? En pleine paix ? Il chante et puis crac, un bourre-pif ! Il est complètement fou ce mec. Mais moi, les dingues, je les soigne. Je vais lui faire une ordonnance et une sévère… Je vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu’on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon Puzzle. Moi, quand on m’en fait trop je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile ! ». Je n’ai jamais réussi à la retenir celle-ci. J’étais jaloux. Je me taisais. En fait, j’imaginais juste une beuverie avec la bande. Je me renseignais sur les bistrots et les quartiers où se tenir pour chasser les ombres de mes idoles. Rien n’y faisait. Le titi, le vrai, le grand, celui de Paris, avait fui ce siècle.

Fui ce siècle ? Bien sûr. Paris trop chère, Paris trop stressée, Paris trop bonne. Paris a chassé son titi. Loin, trop loin pour que je puisse le trouver ailleurs qu’à l’autre bout du monde, à l’autre bout d’un petit pays, dans une petite échoppe.

A Sucre (c’est en Bolivie. Prononcez  « Saoul Cré) c’était jour de défilé des universités ce jour-là. Il était 17h30 environ et nous avions vu 25000 corps dénudés par des déguisements traditionnels arpenter les rues de leurs pas endiablés.

Les rues de Sucre, ville coloniale, avant les défilés des étudiants

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Le défilé des étudiants : un moyen pour les universités de faire de la pub afin d’attirer de nouveaux étudiants pour la rentrée prochaine DSCN2891

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Les spectacles municipaux c’est sympa mais souvent trop répétitif. Alors pour passer le temps les gens sirotent quelques boissons alcoolisées. Et souvent, ça dégénère. Alors les mairies interdisent la consommation d’alcool. « Mais Señor c’est mon anniversaire. Enfin c’était hier et j’étais dans le bus donc on comptait sur ce soir pour lever nos verres à mes 23 ans ». Une serveuse compréhensive (comprenez. Cupide) nous propose un jus avec une double dose d’alcool pour me rendre heureux (comprenez. Pour arrondir sa fin de semaine). Chic femme. Mais les deux verrines de Cointreau dissoute dans le litron de jus sucré ne feront pas l’affaire. C’est mon anniversaire. Merde.

Il fallait trouver un plan B. Et il y a toujours un plan B quand on parle liqueur. Les choses sont faciles quand elles touchent aux vices. C’est pour ça qu’on les nomme « vices » d’ailleurs. La vie facile est vile.

« Le Petit Parisien » l’a bien compris. A ses dépens ? Les quatre heures de discussion qui suivront ne nous l’apprendront pas. Le mystère sait y faire. Il touche les Grands, les enveloppe d’un voile blanc, les rend distant, perturbant. Bref, Le Petit Parisien est le bistrot-tienda-restau (bordel français en d’autres mots) que Christian (le petit parisien) a monté avec sa femme il y a dix ans.

Nul doute que son bistrot n’a pas changé d’une ride depuis. La même femme maquillée comme une danseuse du cirque Pinder. « J’lai rencontré dans la rue. Jeune fille au pair elle était (…) Elle était déjà pas comme les autres. Parce que t’as vu qu’ici ils sont lents ? Ah oui non je ne pourrai pas me considérer Bolivien tant qu’ils auront le même cerveau. » Le même accueil à la clientèle. « Du Coca Zero ? Ba non j’en ai pas (…) Du Coca Zero, il est con lui encore ». Parce que Christian parle en Français à ses clients. Et il ne leur parle pas toujours avec beaucoup d’amour.  « Mais ils ne comprennent rien ? » – Ba non. Qu’est-ce que ça peut me faire moi. Et puis il y a toujours Camille qui peut traduire. Elle parle deux langues parfaitement. J’ai envie qu’elle fasse la meilleure scolarité possible. Et la meilleure ici c’est pas Henry IV non plus mon ptit gars.

Camille c’est peut-être la seule qui change dans ce décor d’un autre temps, dans ce Paris des années 1960-1970, dans ce Paris de 25 mètres carrés où trois tables du modèle « table de camping sur les airs d’autoroute » et un comptoir en bois meublent la plus grande partie du lieu. Car Camille c’est « la Grande », « la fille prodige ». Elle a 10 ans mais elle grandit vite. « Elle veut retourner en France avec sa mère ». « Mais qu’elles y aillent en France, vivre avec des têtes de cons qui servent de têtes à l’Etat, profiter du charme d’un 30 mètres carrés à Courbevoie, boire des Coca à 6 euros ». Car « Paris 6-7-8 oui, le reste moyen, le 19-20 non mais alors la périphérie attention ! »

Depuis 1736, la famille de Christian peuple le sympathique 6ème arrondissement alors lui aussi a pris la mauvaise habitude ne voir Paris que sous l’angle du merveilleux. Et des paillettes… Celles qui tombent des costumes des personnalités qui sortent des plateaux télés.

– Bohringer c’est un mec bien. 

– T’as connu Bohringer ?

– Ba oui. Lui c’était un bon copain. Avec lui et Lindon (Vincent de son prénom) on en a vidé des bouteilles. T’as vu Truffaut ? Les 400 coups ? Ba pareil. Des centaines et des centaines, en francs, de rouge. Et puis quand il y en avait un sans sou, ce n’était pas grave, on s’arrangeait…

– T’as connu tout le 6ème pendant tes 35 premières années de vie ?

– 52 mon ptit gars, 52. Putain ça passe vite… Mais oui il y avait aussi Wermus (Paul). Alors lui je lui ai proposé de m’inviter sur ces plateaux. Je les aurais allumé. Tous, tous ces cons qui se prennent pour des rois parce qu’ils passent leur temps à se lécher le derrière (cherchez un synonyme). Un Rockeur. Lui était bien. Il aime le rouge mais il est sympa. Comme Girardeau. Des personnes simples. Tu leur sers la main dans ton bistrot. Il te salue. Pas de grimace. Lhermitte aussi c’est un chic type. Bon père. Bon acteur. J’laime bien lui. Pas comme l’autre con de Christian Clavier qui s’emmourache de Sarko…

– T’aimes pas Sarko ?

– Non.

– Tu préfères Hollande ?

– Je déteste les saloperies. Peste ou collera je ne choisis pas, je soigne.

– Ah ?

– Ba oui merde, ces enfoirés qui nous donnent des leçons et nous piquent notre pognon. Je vais même te dire. Moi c’est Mélenchon.

– Mais c’est un con aussi…

– Oui, mais il est sympa.

– Ah ?

– Oui il est sympa.

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(…) Nous entamons une autre bouteille d’un délicieux (le seul peut-être) vin bolivien. Christian se sert des verres de vin mais au verre à vodka. Technique ancestrale pour limiter sa consommation ? « J’en sais rien. C’est comme ça ». (…) 

– Christian, je peux me permettre.

– Oui, mais fais gaffe.

– T’as une grosse gueule d’acteur…

– Oui je sais. On m’a dit. Mais mon théâtre c’est ma vie. Mon théâtre c’est ça. (il pointe son bar. Il tape sur le bois.) Tous les jours je fais mon cinéma et ça m’arrange parce que je maîtrise l’utilisation de ma tête. Quand je veux la partager avec des gens sympas comme vous, je me fais plaisir. Quand je n’ai pas envie, je n’ai pas envie. Je n’ai jamais été à vendre alors t’imagines bien que ma gueule je la garde pour moi…

– T’es l’homme à la tête de chou quoi ?

– Ouais. Tu aimes ?

– Ouais. Tu connais Gainsbourg j’imagine.

– Ba oui mais pas beaucoup. C’était un bourgeois. Il était pas facile. Il vivait dans le 14 lui. Oui sympa comme quartier. Une fois, saouls, au comptoir, on a parlé téléchargement.

– Alors ?

– Il est pas con mais quel orgueil ! Il aimait le fric Gainsbourg et ça le ruinait un peu. Dommage. Mais quel génie quand même ! On danse ?

– Allez.

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Ses idoles chargées sur YouTube nous ont régalé. Certaines dansaient sur les tables et se cassaient la gueule, d’autres jouaient à cache-cache avec Camille dans la petite boutique parfumée au tabac, d’autres rêvaient de la soirée qui ne faisait que commencer. Il était 23 heures quand nous sortîmes. L’air était frais. On s’est alors dirigé vers une boîte de nuit.

Nous avions bu, ri, voyagé, parlé, mangé, débattu, joué du pipeau avec nos mains pendant 5 heures sans changer de place.

– Et ?

– Oui ?

– Tu connais Julien Doré ?

– Oui. J’aime bien, pourquoi ?

– Il était là il y a trois jours avec sa fine équipe.

– Excellent ! Sympa ?

– Ouais génial mais je crois que vous les avez battus…

Julien Doré, la Nouvelle Star, Lolita, Louise Bourgoin… Non il faut arrêter de rêver. Il faut essayer de garder le rêve pour la nuit. Ça la fait passer plus vite. Et ça épargne nos journées de toute forme de regrets ou de spleen. Spleen. Baudelaire. Paris. Non, vraiment, il faut quitter ce rêve !

La soirée ne faisait que commencer.

Louis

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C’est l’histoire de ceux qui mettent des claques…

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Tout commence à Potosi un matin ensoleillé comme il y en a l’hiver en Bolivie. Potosi fut une ville extraordinaire. Créée par les Espagnols à la fin du 16ème siècle, ses richesses minières exceptionnelles en ont très rapidement fait une des villes les plus riches et peuplées du monde. Devant Paris, devant Londres, ses orgies, ses églises, ses palais, ses places publiques surpassaient nos vieilles dames. Tout n’était qu’abondance et luxure. Mais derrière la scène et son strass, il y a toujours la peine de ceux qui trépassent. On parle ici de 8 millions d’Indiens, d’indigènes, d’esclaves qui périrent au fond des mines du Cerro Rico (plus grande mine d’argent du monde). Des millions d’hommes et d’enfants qui donnèrent leur vie pour de l’argent. Des hommes et des enfants qui donnent encore leur vie pour de l’argent.

C’est leur histoire. Celle de ceux qui mettent des claques. Des claques dans les murs, des claques dans les gueules, des claques.

Tout commence à 8h30 quand la petite expédition de 10 touristes sur  le chemin des mines, avance lentement mais sûrement vers un monde de claques.

Claque numéro  1.

Entre le centre de la ville, moins jolie que prévu, et l’entrée de la mine, aussi effrayante que prévue, il y a l’étape : « Achetez des cadeaux aux mineurs s’il vous plaît. C’est un signe de respect et de gratitude. ». Avec grand plaisir on achète donc des cadeaux : bâton de dynamite, détonateur, sac de feuilles de coca, 20cl d’alcool à 96° (comprenez « concentration maximale d’alcool possible ; éthanol), un paquet de cigarettes 100% tabac (du foin dans du papier à imprimer ; forme d’un cigare), du jus de fruit concentré et de l’eau, quand même…

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Claque numéro 2.

Le guide nous fait goûter ces produits. La boisson alcoolisée est bel et bien plus forte que du Whitespirit. La dynamite ce n’était pas une blague. La feuille de coca ça anesthésie les sensations buccales. Notre guide mange des feuilles de coca frénétiquement comme une chèvre dévorerait un Chêne après deux jours de disette. Ses yeux sont rouges.

Claque numéro 3.

L’entrée de la mine. Un trou. Des tâches de sang autour. « C’est du sang de lama. Les mineurs font des sacrifices régulièrement pour implorer le Tio (dieu de la mine) d’épargner leurs vies et de leur porter chance. » On ne pensait pas que les portes de l’enfer ressemblait à ça.

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Claque numéro 4.

Oh non, il fait vraiment nuit noire. On baisse la tête. On avance. « T’imagines si ça s’écroule ? ». – Ta gueule. « Orlando (le guide), Orlando, quand est-ce qu’on arrive ? ». – Après. Merde il y a une échelle. Puis, un trou. Puis une échelle dans un trou. C’est quoi ce délire. Panique.

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Claque numéro 5.

Après s’être accroupis, avoir descendu des échelles glissantes, s’être faufilés dans des failles, avoir eu peur, s’être rassurés comme on peut (« Le risque existe. La peur c’est un choix de l’esprit. Tout ce qui ne tue pas rend plus fort. Des centaines de touristes le font chaque année… »_Voir la parenthèse Mickaël), nous arrivons dans une grotte (la fin d’une galerie donc lieu plus large, air plus respirable, possibilité de contempler le visage poussiéreux et marqué d’autrui). 3 mineurs nous attendent. Ils nous racontent leur vie. Non, on leur demande de nous la raconter. Ils ont 18, 43 et 45 ans. Ils doivent travailler l’équivalent de 8h par jour six jours sur sept. Alors parfois, pour prendre des jours de congé, ils font 24h d’affilée. Leur secret pour tenir ? Mâcher de la feuille de coca à chaque instant. Ils en mangent deux sachets pleins par jour. Triple effet vertueux : ça leur donne des forces, leur enlève littéralement la faim et la boule de feuilles agit comme un filtre entre leurs bronches et l’air poussiéreux.

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La parenthèse Mickaël.

Lundi 10 juin, 8h du matin. Nous sommes déjà en tenue de mineur et attendons patiemment de monter dans le car qui nous emmènera vers l’enfer, vers l’angoisse, vers la mine…Mais avant ça nous devons passer par l’étape du marché afin d’acheter les fameux cadeaux que nous offrirons ensuite aux mineurs.

Là, devant une tienda, apparaît Mickaël, un franco-espagnol de 25 ans. Avec son jean taille basse,  son gros pull bolivien en V qu’il portait sans T-shirt  et son bonnet bolivien, il écoute de manière ultra concentrée notre guide Orlando et imite frénétiquement chacun de ses gestes : comme Orlando, il fume la cigarette sans filtre d’une traite, comme Orlando il enchaîne les shots d’alcool à 96° et comme Orlando il chique des boules entières de Coca de telle sorte que  sa joue formait une boule et que ses dents devenaient vertes.

Après cet arrêt express, nous prîmes le bus direction la Mine. Une fois montés, ce n’est pas notre guide Orlando mais Mickaël lui-même qui se plaça au milieu du bus, leva les bras et lança « Espera, espera por favor, todo el mundo es acá en el bus ? Ya, ok vamos conductor » (Attendez, attendez, tout le monde est là dans le bus? C’est bon, ok, on peut y aller chauffeur).

Il vint alors s’asseoir juste devant nous, se retourna, s’accouda à son siège et nous lança sans gêne : « Alors vous aussi vous êtes français les gars ? Stylééééé, ouai moi j’suis franco-espagnol tu vois.  J’ai fait une business school moi aussi ouai, à Paris. J’ai bossé dans la mode mon pote. Tu vois là ton pull, ben moi je l’achetais en Chine pour pouvoir te le vendre ensuite. Ouai je m’en suis fait du fric mec, en même temps tya vu autant que ça serve à quelque chose de bosser autant quoi ! Putain je bossais comme un malade mon pote, truc de taré,  j’ai fini par dire un gros FUCK à mon boss t’as vu, j’en pouvais plus meccc, de la pression, du boulot ! Je me suis rendu compte que l’argent c’était pas le but dans la vie mon pote. Du coup j’ai tout balancé et là ça fait 7 mois que je voyage mon pote. Le kiff quoi, j’ai fait l’Asie ouai, putin en Inde c’est des animaux mec, franchement tu crèverais par terre ils te marcheraient dessus, faut faire gaffe ! Mais mec j’y ai fumé de ces trucs, des baobabs de skunks mec ! Truc de fou mec, tu vois « la Marijuana es mi mujer » (la Marie Jeanne est ma femme). Sinon j’ai dormi au bord du fleuve Mékong pour 1$ mec ! Moi tu vois j’suis pas en mode comme les gros touristes ricains qui vont se la couler douce sur les îles de Thaïlande ! D’ailleurs j’ai décidé de me reconvertir ta vu, après mon voyage en Amérique Latine je retourne vivre en Inde, je veux faire du bien aux autres tu vois. Je vais aller suivre des formations de yoga et de massage pour pouvoir faire du bien aux autres. Ouai j’avoue c’est bien différent de ce que je faisais avant, mais j’en avais marre mec. Ouai, non, j‘suis pas bouddhiste tu vois mais franchement ya du bon la dedans, ya des trucs à méditer mec !

Après ce long casi-monologue, nous arrivâmes à l’entrée de la mine. Après avoir pris notre courage à deux mains nous entrâmes dans celle-ci, et après quelques minutes, effrayés, Mickaël nous rassura : « Les mecs, le risque existe. La peur c’est un choix de l’esprit. Ya pas à stresser. Ouai c’est sûr d’être mineur, on peut considérer ça comme de l’esclavage mais mec nous-même sommes les esclaves de la vie. On a remplacé l’outil par le travail ».

Claque numéro 6.

Don Gonzalo. 51 ans. 9 enfants. Il travaille seul. Il a l’air épuisé mais a un joli sourire et pas un seul cheveu blanc. Ça fait 39 ans qu’il travaille dans la poussière, sous les parois tâchées d’arsenic, dans l’humidité chaude, la transpiration, les explosions, les drames… Don Gonzalo a de grandes mains musclées. Sa claque fait particulièrement mal.

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Claque numéro 7.

Ce n’est pas fini. On descend encore. On est 50 mètres sous la galerie principale. Les espaces se réduisent. Nous sommes à quatre pattes.

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Claque numéro 8.

Rencontre avec le « Tio ». Le Tio c’est le dieu de la mine, celui qui fait et défait les destins de ceux qui travaillent ici. On lui doit le respect. On lui offre donc des gouttes d’alcool, des cigarettes, des feuilles de coca en l’implorant de préserver nos vies. L’histoire veut que les Espagnols ont installé des statuts de ce « Dio » (dieu en espagnol mais le quechua n’inclue pas la lettre d…) pour obliger les Indiens à se remettre au travail. Parce que ces derniers ont fini par se rebeller contre les pratiques ignobles des  Espagnols. Illustration parfaite de l’exploitation abusive des colons : la Mita. La Mita c’est simple, c’est dur, ça remet pas mal de choses en cause sur la condition humaine. Les Indiens devaient travailler six mois au fond des mines sept jours sur sept sans voir le jour au rythme infernal de 20 heures par jour. 8 millions de morts.

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Claque numéro 9.

Aimery a failli se faire écraser par le petit train de Indiana Jones et le temple maudit que Majencio et Lol’Lo poussent comme des sauvages sur des rails habiles mais dangereux.

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Claque numéro 10.

C’est la fin. Demi-tour. Il faut tout refaire.

En sortant de la mine le soleil resplendissait. Nous nous observions, fiers de notre prouesse, fiers de nos photos : on avait joué aux mineurs.

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Le soir, l’auberge de jeunesse nous proposa une séance film. Le film est un documentaire réalisé en 2005 par  Kief Davidson et Richard Ladkani. El minero del diablo (The Devil’s Miner) est un reportage qui nous propose de suivre deux enfants de 14 et 12 ans. Ils sont pauvres, habitent à l’entrée de la mine, travaillent dans la mine comme des hommes. La mine, la vraie, celle que nous avions « visité » le matin même… La meilleure claque fut donc celle de la fin, la dernière. Celle que nous avons prise confortablement assis dans nos canapés. Celle de l’enfant qui tape contre la roche pour nourrir sa maman et sa sœur, pour aller à l’école. Celle que l’on n’avait pas vu venir. Celle dont on se souviendra longtemps.

Louis

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Pour voir en streaming le film-documentaire « El Minero del Diablo » (The Devil’s Miner) réalisé par  Kief Davidson et Richard Ladkanien 2005 (vidéo en espagnol): http://www.youtube.com/watch?v=OkzFHaggNBo

Pour voir en streaming un autre documentaire, « La Mine du Diable » réalisé par France 5 en 2011 (vidéo en français) : http://www.dailymotion.com/video/xkpa1f_docu-france5-la-mine-du-diable-lun-18-avr-2011_travel

Article de Rue 89 sur ce même documentaire: http://blogs.rue89.com/alma-latina/2011/04/09/la-mine-du-diable-germinal-au-xxie-siecle-en-bolivie-199230

Deux semaines au Pérou…

Le 13 mai nous sommes partis de Manizales pour nous rendre à Lima. 1903km de distance soit Paris-Riga. Un jeu d’enfant ? Pas tout à fait. Une tentative avortée de justesse de toucher rectal, l’obligation d’acheter un billet retour  pour la France en dernière minute, 9 heures de retard, 2 heures de discussion avec Pierre-Albert dans un bistrot chic de l’aéroport flambant-neuf de Bogota, un tampon de bienvenue moche à l’aéroport de Lima et 1 heure de taxi à travers les rues hideuses de Lima. Voici une très brève description de ce qui séparait Manizales de Miraflores (quartier  des expatriés de Lima) ce lundi 13 mai 2013. Trop brève d’ailleurs si l’on considère que Pierre-Albert, 58 ans, manutentionnaire dans l’usine Lindt (« tu sais là, les chocolats qui gagnent du fric tous les ans alors qu’c’est la crise ! ») de Pau ne vous a pas été décrit à sa juste valeur et qu’il mérite sa parenthèse. Voir La parenthèse Pierre-Albert.

La parenthèse Pierre-Albert.

Il est 15h35. Nous sommes en transit dans  l’aéroport de Bogotá  Nous voyons enfin le bout de cette journée en enfer. On décide de déjeuner dans un restaurant au design sympa. C’est rare. On entre. « Vous êtes français ? ». – Oui. « V’nez là, j’vous paye un coup ». Pierre-Albert vient de faire son apparition dans nos vies. Il est passablement saoul, nous offre deux bières puis commence à parler.

« Alors zen avez bouffé combien des p’tites ici ? Ici, pour pas toucher, faut être un saint. Moi j’ai ma femme qu’est  d’Barranquilla. La France elle pouvait pas alors elle s’est installée là-bas avec nos filles. Elle a un restau mais quand j’vais là-bas j’suis le roi. On a des appart’s, la maison dans le barrio estrato 6, les filles à l’école privée. Non on vit bien hein. Mais alors quand j’viens c’quelles aiment c’est le fromage. Pas du luxe. Juste du kiri, du gruyère, vache kiri. Ah ça elles aiment. Franch’ment bouffent mal ces Colombiens. Et le vin ? J’le ramène par cubis de France. Une valise entière. 36 litres. Faut dire qu’sans mon litre par jour, j’vis plus moi…

Et tiens regarde la p’tite là… 

– ¿ Hola tienes una tia ? Porque estás demasiado joven para mi… Pero muy linda. ¿ Te gusta los franceses aquí hein ?  (Salut t’as pas une tante toi ? Parce que t’es trop jeune pour moi. Mais t’es belle. Et  ils te plaisent les français hein ?).

Et les gars elle est belle celle-là ! Vous voulez pas la croquer ? Putain ici ils ont un soucis. C’est les nobios (petits copains). Ma fille elle va pas s’marrier avec lui c’est sûr mais j’dois quand même l’accepter son p’tit. Non j’suis pas méchant mais samedi dernier, on est allé manger une glace ensemble. J’en avais pris une belle. J’me souviens d’rien. Juste que ma femme et ma fille avaient honte… »

Pierre-Albert portait une calvitie alliée à une queue de cheval et un marcel bleu détendu, un short Puma, des p’tites baskets Nike old-fashioned et un sac de toile déchiré. « C’qu’est bien ici c’est qu’tas jamais froid au moins » ! Il doit y aller, son avion va partir. « Et d’façon encore une p’tite (ndlr. Bouteille) dans l’avion et c’est bon j’me réveillerais à Paris…Les cons peuvent même pas mf’aire descendre à Bordeaux pour 1300 euros l’billet »…

Nous avons donc rejoint Maxence et Erika à Miraflores vers 23h. Erika est arrivée quelques heures plus tôt, sans retard, elle. Et Maxence y vivait des jours paisibles depuis une semaine en compagnie de deux amis en échange universitaire dans la capitale. Ces derniers lui ont permis de découvrir les petits coins de paradis que cache Lima. On pense notamment  à Amor A Mar, restaurant d’exception parmi tant d’autres à Lima, ou encore aux  petites rues typiques du quartier de Barranco.

Plazas de Armas, quartier historique de Lima

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Parce qu’autant vous le dire tout de suite, nous n’avons passé à Lima que les 36 heures que l’on nous avait conseillé de passer.  Mais nous avons réussi à les optimiser à l’aide de notre ami et guide Edouard.  Des quartiers immenses faits d’ordure et de pauvreté, un beau centre historique où après un très appréciable restaurant chez des bonnes sœurs françaises et une visite intéressante du couvent Saint-François, nous avons eu le plaisir de voir une femme baisser son semblant de pantalon pour honorer le trottoir sous le concert infernal des klaxons aux tonalités singulières des taxis. Nous avons ensuite découvert Miraflores,  quartier qui rassemble les occidentaux, les richesses, les cours de tennis, les restaurants, les policiers et le Malecón (parc verdoyant bordant l’océan où les étudiants étrangers, les expat’s et les Péruviens privilégiés font leur running&shopping en toute quiétude…).

Telle est la triste et inégale réalité de Lima, caractéristique malheureuse des grandes villes d’Amérique du Sud.

Vue du malecón, quartier de Miraflores, Lima

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Nous avons finalement fui le bruit et le malaise de  cette ville folle, dans un bus de nuit très confortable de la très agréable et professionnelle compagnie Soyuz. Trois heures de trajet seulement mais quel premier enseignement sur le Pérou ! Les quartiers pauvres de Lima ne sont malheureusement pas les seuls lieux du Pérou à être si pauvres et si sales. Tout au long du voyage se dessinaient dans la nuit les toitures non finies des maisons de villages déserts que seuls les chiens errants et les sacs plastiques volants semblaient habiter. Quelle tristesse ! Nous sommes alors arrivés à Ica, pas beaucoup mieux en terme d’architecture.  Du terminal de bus, nous avons pris un taxi direction la lagune de Huacachina. Oasis en plein désert à 25 minutes seulement en voiture d’Ica, cette petite ville à touristes abrite des restaurants, des hôtels et des boutiques-souvenirs. Il n’y avait donc pas grand-chose à faire à part des heures de repos au bord de la piscine de notre hostel en dégustant l’exquis mélange oublié vin rouge-camembert-saucisson importé de France par Maxence et Erika et deux heures hallucinantes de Buggy et de sandboard au milieu des dunes. Pour information, le désert fait tout de même 200km de long sur 40km de large.

Vue depuis le désert sur la Lagune de Huacachina

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Un tour de buggy musclé en pleine désert, même sensation que Space Mountain !

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D’Ica nous sommes ensuite partis de nuit pour Arequipa. Arequipa fut notre première belle ville. Une belle ville au Pérou remplit ces critères-ci : seul le centre est beau, la « Plaza de Armas » est superbe, les bâtiments et musées à voir sont des édifices religieux de l’époque coloniale, les restaurants sont bons et pas chers et il y a toujours un bar où les Pisco Sour (Whisky péruvien, blanc d’œuf, et citron) sont délicieux. Nous avons donc visité la ville, son couvent  sublime et gigantesque, ses églises rococo-baroque et ses bons restaurants.

Plazas de Armas d’Arequipa

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Pour le dîner, Maxence nous conseille de goûter le Ceviche (plat à base de poisson frais coupé en fine tranche et assaisonné au citron). C’est bon mais on ne s’attarde pas car dans 4 heures on part pour le Canyon de Colca. Lien de cause à Ceviche ou autre, je ne ferai pas parti de l’expédition en raison d’une tourista toute puissante qui me clouera au lit le temps pour mes amis de découvrir le canyon de Colca, faille grandiose à quelques heures de minibus d’Arequipa. Partis à 2h30 du matin en minibus, Erika, Maxence et Aimery ont donc eu la chance de marcher sur les routes sinueuses et épuisantes du canyon, celui-ci étant, s’il-vous-plait, deux fois plus profond que le Canyon du Colorado !

Vue depuis le haut du Canyon de Colca où l’on peu admirer les 3400m de profondeur

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1er jour de randonnée: 7h de descente sur un chemin raide et à peine assez large pour pouvoir se croiser… Gare au vertige !

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2ème jour: départ dans le noir à 5h du matin pour 3-4h de randonnée sur une montée vertigineuse
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Condors, paysages désertiques, nuit dans un refuge  sans électricité ni eau courante, thermales naturels au creux du canyon, remontée dans la nuit du petit matin, pluie et fatigue ont composé leur incroyable aventure qu’ils furent heureux de clore sous la douche chaude (c’est assez rare pour être souligné !) de notre très agréable petite auberge de jeunesse. Après une courte mais nécessaire nuit de sommeil, nous prîmes le bus pour nous rendre à Cuzco. On nous avait conseillé de voyager de jour pour pleinement profiter des paysages somptueux qui agrémentent les dix heures de voyage. Et c’est vrai que du premier rang de l’étage de notre bus nous avons vu défiler 10 heures de film où les paysages variés ressemblaient à un habile mélange entre Into the wild et un Thalassa sur la Patagonie au Printemps ! Pendant dix heures nous avons eu l’impression d’être au cinéma ! Mais c’était plus le cinéma de plein air de Beyrouth que le grand Rex, car le voyage fut émaillé des odeurs pestilentielles des « truchas frites » et  des vomis séchés , des heures de blabla des vendeurs de logiciels d’apprentissage des langues et surtout des coups de volants suspects du conducteur complètement azimuté…

Nous avons finalement atterri à Cuzco (« nombril du monde » selon les Incas) et plus particulièrement dans le quartier roots de San Blas, à quelques minutes à pieds du cœur de la ville.

Vue panoramique de la « Plazas de Armas » de Cuzco

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Les ruelles pavées de Cuzco de nuit
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Sur les hauteurs de la ville…

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Nous avons posé nos encombrants bagages dans un hôtel très confortable où nous sommes restés cinq jours. Le temps de se reposer, de visiter la ville, sa cathédrale, son musée des civilisations, la citadelle-sanctuaire (les experts ne parviennent pas à se mettre d’accord) de Sacsayhuaman et bien sûr la vallée sacrée (Moray, grenier expérimental Incas, prouesse technique fabuleuse. Les ruines extraordinaires et le marché artisanal de Pisac. Les salinas de Maras, le Guérande des Incas, au milieu des montagnes, magnifique. Et Ollantaytambo, forteresse imprenable sur la route du Machu Picchu.

La citadelle-sanctuaire de Sacsayhuaman

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Chinchero et son marché où nous avons observé des Péruviennes tisser

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La vue panoramique sur la Vallée Sacrée depuis le village de Chinchero

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Vallée Sacrée – Terrasses Incas en amphithéâtre de Moray

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Vallée Sacrée – Ruines de Pisac

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Vallée Sacrée – Marché artisanal de Pisac

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Vallée Sacrée – Salinas de Maras

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Vallée Sacrée – Forteresse d’Ollantaytambo

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C’est après les deux jours de visite des sites de la Vallée Sacrée que nous finîmes par visiter une des raisons pour laquelle nous étions en Amérique Latine: Le Machu Picchu, une des Sept merveilles du monde dont il faut arpenter les vestiges mais qu’il faut aussi voir de haut. Deux options s’offraient à nous : le Wayna Picchu ou le Cerro Picchu (la Montana). Tout le monde nous avait conseillé la première option mais il n’y avait plus de place. Nous avons donc fait l’ascension du Montana Picchu et ce fut une expérience extraordinaire (prononcez à la Mimmi : « c’est EX-tror-DInér » !). Arrivés au sommet en premiers, nous avons eu 20 minutes pour prendre des photos « National Geographic » sous le ciel bleu azur de Nîmes et la forêt verdoyante de Compiègne ! On vous passe les détails, c’est « à couper le souffle, inimaginable, encore plus beau que dans les reportages, complètement dingue… » et il faut que vous alliez le voir !

Départ à 7h du mat en bas du Cerro Picchu, arrivée les premiers au sommet (3082m) à 7h50

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La vue sur le Machu Picchu depuis le sommet du Cerro Picchu (la Montana)

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Le site du Machu Picchu P1020254

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Après les thermales sales mais agréables d’Aguas calientes, nous avons pris la route vers Cuzco et sommes repartis le lendemain direction Puno. Un voyage à travers les paysages incroyables de l’Altiplano, dont nous nous souviendrons encore pendant longtemps:

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Puno c’est une cité dortoir sur le lac Titicaca côté péruvien. On y a donc dormi. Le lendemain matin, émerveillement dans le bus longeant le lac direction Copacabana (Lac Titicaca, Bolivie), ses sommets enneigés qui culminent à plus de 6000m d’altitude, son soleil d’or, ses îles vertes. On arrive à Copacabana. On est loin du Brésil et des plages de sable blanc mais l’ambiance y est bonne et l’auberge à quatre euros la nuit. Mais cette ville a son trésor : un calvaire perché sur la montagne qui surplombe la ville avant de tomber sur le lac. L’un des plus beaux couchers de soleil de notre vie. L’immensité du lac, ses eaux d’un calme suspect, ses rives où prolifèrent la flore, ses monts enneigés sur lesquels le soleil semble rebondir à l’infini… La nature est belle au Pérou et en Bolivie, les paysages fabuleux : Maxence prend ses cent vingtième et cent vingt-et-unième panoramas avec son iPhone !

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Le lendemain matin nous prenons le bateau à moteur le plus lent du monde. Nous allons découvrir l’Isla del Sol. Dernière merveille de notre voyage. Pas la moindre. Imaginez une île au milieu d’un lac où les hauteurs ressembleraient au décor italien des westerns de Sergio Leone, où les habitants vivraient de la pêche, habiteraient des petites maisons simples et auraient toujours le sourire, où les eaux turquoises et le sable blanc borderaient ses flancs et où l’on mangerait des truites en contemplant monts et merveilles. Vous pouvez désormais imaginer quel fut notre bonheur à marcher sur cette île le temps d’une journée, de la dernière journée…

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Nous pensions terminer ce road trip en beauté…c’était sans compter l’ultime épreuve : le trajet en « bus » entre Copacabana et La Paz (dixit Erika « le pire voyage de ma vie ») : après 1h de trajet mouvementé c’est à notre grande incompréhension que la majorité des passagers sont descendus du bus. Et c’est ensuite avec surprise que nous avons observé notre moyen de transport traverser le lac sur une sorte de grand radeau à moteur, nous obligeant nous-même à emprunter une fragile et timide barque pour traverser également le lac…

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Finalement, nous arrivions à La Paz le 28 mai comme prévu…

Une après-midi avec les enfants de la Fundación de los niños de los Andes pour célébrer la journée de l’enfant

En Colombie on aime bien célébrer quantité d’évènements plus ou moins importants. Du coup il y a pratiquement tous les jours « une fête de quelque chose ». Ainsi depuis notre arrivée en Colombie nous avons eu l’opportunité de célébrer la fête de la terre, de l’amitié, de l’eau, des animaux, des parents, des femmes, des hommes…

Mais ce vendredi 26 avril c’était la fête de l’enfant et si la terre, les hirondelles qui volent bas et l’eau qui coule à flot ici ne nous font pas d’effet particulier, les enfants, eux, ont un effet particulier sur nous. Surtout quand ils n’ont pas autant de chance que nous il y a dix ans. L’équipe de Grameen Caldas étant partenaire de la Fondation des enfants des Andes, nous avons tous (de la secrétaire à la présidente en passant par les volontaires ; ce qui souligne soit dit en passant à quel point les employés de Grameen sont en adéquation avec l’idée de solidarité que l’entreprise défend) passé notre après-midi dans ce centre pour nous occuper des quelques 150 jeunes filles et garçons âgés de 9 à 19 ans afin de les sortir légèrement de leur quotidien.

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On nous avait prévenus que le lieu était particulier et qu’il recueillait des enfants au passé plus ou moins mouvementé: si certains enfants ont été amenés par leurs parents ne pouvant plus les assumer financièrement, la plupart, orphelins, ont été recueillis par le gouvernement alors qu’ils faisaient partis de réseaux de prostitution, de drogues, de gangs et/ou qu’ils avaient subis de graves violences, d’abus sexuels et de maltraitance.

Nous avions par conséquent plusieurs consignes à respecter : ne pas parler d’argent ou de valeur, ne rien leur donner mis à part quelques bonbons, ne pas soumettre  un esprit de compétition et surtout ne pas les prendre en photos de près pour pas que les photos une fois diffusées sur Internet ne permettent aux anciens proxénètes ou personnes malveillantes de les retrouver…

Après ce briefing strict et édifiant, nous nous apprêtions à passer une journée en enfer où nous aurions plutôt joué aux  « gendarmes attrapent les voleurs » qu’aux « chats attrapent les souris » !

La réalité allait être toute autre.

Chacun responsable d’un groupe d’une quinzaine d’enfants/adolescents avec deux ou trois autres volontaires, nous avons organisé des activités en tout genre pour leur plus grand plaisir. Mais aussi pour le nôtre ! Aimery faisait rire des enfants âgés de 12 à 14 ans pendant que Louis et Manon jouaient aux grands frère/sœur d’ados de 15 à 18 ans. Subjugués par nos yeux bleus, nos cheveux clairs et la barbe rousse d’Aimery, les enfants furent immédiatement curieux d’en savoir plus sur l’origine de nos corps d’apparence si différents, si clairs… En manque d’attention physique ou même de sourire, ils nous ont tenu la main, embrassé,  câliné, dragué tout  en s’aventurant parfois à des questions comme « pourquoi t’es si blanc ? Tes parents ont un problème ? », « Et et et…t’as une copine ? », «Vous avez des enfants ? »…

Nous nous attendions à des enfants difficiles et intenables, marqués par l’horreur et difficiles à regarder en face sans tomber dans la pitié. Il n’en fut rien. Ils étaient sages et attachants, bien élevés et drôles, ambitieux et fiers.

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Après avoir fait connaissance, serré des mains et expliqué que notre peau n’était pas celle de sidatique en phase terminale mais de Français, classiques, sans grande originalité, nous leur avons appris quelques mots de français. Certains eurent plus de difficultés que d’autres mais globalement ils ont retenu « Bonjour, au revoir, je m’appelle, t’es moche…» ! Comme pour nous rappeler leur réalité, d’autres se firent plus curieux pour ne pas dire autre chose et nous demandèrent de traduire des mots tels que « narcotrafiquants, jugulaire, marijuana, meurtre ». Belle claque sur nos joues blanches. Elle n’est pas donnée avec la paume de la main mais en prenant un peu de recul pour l’éviter, sa violence nous rattrape vite et alors on veut s’échapper.

Alors on enchaîna avec la session « jeux plus ou moins sportifs » et à son habitude Louis tâta la balle avec les enfants. Nous finîmes par un goûter « pain mauvais/aguapanella » et prîmes plusieurs photos de groupes qui nous permettront de nous rappeler cette journée et ces visages si spéciaux.

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Les au-revoir furent longs, émouvants et parfois difficiles pour certains enfants mais nous finîmes par retrouver notre réalité : ce monde distant de deux kilomètres seulement de ces dizaines d’enfants et pourtant si différent…

Voici la touchante lettre de remerciement du directeur de la fondation que nous venons de recevoir aujourd’hui…

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Pour plus d’infos sur la Fondation des enfants des Andes: http://ninandesmanizales.org/

Un 23e anniversaire très joyeux et de nouvelles rencontres…

Le lundi 18 mars fut une journée riche en émotions…pour moi mais aussi pour les membres de Grameen Caldas.

Tout d’abord si cette journée fut si spéciale, en tout cas pour moi, c’est parce que j’ai célébré ce jour là mon 23e anniversaire. Ecrire un article uniquement sur ça est un peu mégalo mais je suis quand même tout fier de l’avoir fêté en Colombie…et ne vous inquiétez pas l’article ne porte pas que sur cette fête pourtant si prodigieuse !

Une première surprise m’a donc été gentiment faite par mon ami Luis : une dizaine de ballons accrochés au dessus de mon bureau, des muffins et une bouteille de vin argentin sur mon bureau… tout ça juste avant de partir tôt le matin pour Hojas Anchas ! Merci mon Luis !

Une deuxième surprise m’a été faite un peu plus tard par toute l’équipe de Grameen Caldas selon la grande tradition locale: j’ai eu le droit à un « cumpleaños feliz » en bonne et due forme et un bon gros gâteau à base de crème et de chocolat  !

Une bien belle journée en somme…

La photo après que l’on ait mangé le gâteau (l’équipe n’est pas au complet)

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La journée s’est ensuite poursuivie par une rencontre assez improbable : deux jeunes français sont venus toquer à la porte de Grameen…en trottinettes !!!

Peut-être que certains d’entre vous les connaissent, il s’agit de Alban Lanthier et Hugues Renou du projet TrottMyWorld.

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Comme nous, ces deux étudiants en école de commerce (ESSEC et ESCP) ont voulu partir à l’aventure afin de rencontrer les acteurs de l’économie sociale et solidaire. A la différence que leur projet est, il faut le dire, assez incroyable: leur mission est de faire un tour du monde d’un an en trottinette pour la promotion de l’entrepreneuriat social !

Ils sont donc logiquement venu à la rencontre des membres de Grameen Caldas pour pouvoir les interviewer et se  renseigner sur le modèle de Grameen, le fonctionnement des différents social business en cours et des futurs projets à venir.

Une rencontre donc très enrichissante et de nombreux échanges illustrés ci-dessous en image:

Jorge Garcia (Directeur Exécutif), Diana Quintero (Directrice administrative et commerciale) et moi-même de Bive avec Alban et Hugues de TrottMyWorld

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Juan David Ramirez (gérant) de Vitalius avec Alban et Hugues de TrottMyWorld

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Christina Hunn (directrice du centre d’incubation) et Alejandro Castro (consultant sénior) de Grameen Caldas avec Alban et Hugues de TrottMyWorld 

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Pour suivre leurs aventures: http://trottmyworld.com

Aimery

L’expérience Ruralive à Hojas Anchas – 1ère session

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Après un vendredi soir festif où nous nous sommes essayés à la Salsa et à l’Arguadiente (liqueur colombienne semblable à notre Pastis bien aimé), nous nous sommes réveillés fatigués mais heureux. Nous partions avec l’équipe de Grameen Caldas à Hojas Anchas.

Hojas Anchas est un village de la région de Caldas, situé à environ 3h de voiture au Nord de Manizales. Perché à 2000m d’altitude dans les Andes, Hojas Anchas et ses 600 âmes accueillent les touristes amateurs d’expériences rurales et désireux de connaître la vraie Colombie et son fameux eje cafetero (Triangle du Café).

Suite à un voyage folklorique (Une 2CV tunée, cinq personnes, un chien, un contrôle de police et plusieurs frayeurs) au milieu d’un paysage idyllique, nous nous sommes retrouvés ici :

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Comme vous pouvez le devinez, nous étions les seuls étrangers dans ce profond recoin de Colombie. Nous découvrons alors nos hôtes,  à savoir Aida, Carlos et leurs enfants Juan et Marie dans leur maison :

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Une fois nos affaires posées, nous partons en vadrouille à la découverte de la fameuse cascade :

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Fatigués mais bienheureux, nous nous sommes tous retrouvés, l’équipe de Grameen et nos hôtes, autour d’un BBQ et de quelques cervezas. Après des kilos de viandes engloutis, nous avons renoués avec les joies (des déhanchés endiablés) et les peines (nos déhanchés handicapés) de la Salsa dans le seul bar du coin (ne vous fiez pas aux apparences, c’était pourtant très chaleureux à l’intérieur) :

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Le lendemain, levé 7h30, nous avons tous valeureusement mené l’ascension de la montagne d’Hojas Anchas :

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 Après 1000m de dénivelé et 70% de pente nous atteignons le sommet local :

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Alors que nous pensions avoir terminé cette rude ascension de près de 4h, Andrès, notre guide local (pour être franc nous ne nous souvenons plus de son prénom mais ici tout le monde s’appelle Andrès), nous lâcha : « Bon, on attaque la partie dure ? ». En bon aventuriers, nous nous retrouvâmes alors en pleine jungle :

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A la suite de cette merveilleuse ascension, nous avons bien sûr pris une photo avec notre famille d’accueil mais sa qualité laissant à désirer nous avons pris la décision de ne rien vous montrer.

Finalement, c’est sur le toit d’une shiva (pick-up dodge converti en navette aux couleurs exotiques pour 60 personnes) que nous avons quitté les hauteurs, le rêve, le paradis andin…

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